Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/98

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l’enceinte d’une Ville.* Ce que les premiers génies de l’Arabie, de l’Egypte & de la Grece ont fait jadis ; ceux qu’ont vu naître les regnes des Augustes, des Médicis, des François I, des Louis XIV, l’ont répété dans les siecles postérieurs.

——
Avant que la raison s’expliquant par la voix,
Eût instruit les humains, eût enseigné des Loix
Tous les hommes suivoient la grossiere nature ;
Dispersés dans les bois couroient à la pâture.
La forcé tenoit lieu de droit & d’équité :
Le meurtre s’exerçoit avec impunité.
Mais du discours enfin l’harmonieuse adresse.
De ces sauvages mœurs adoucit la rudesse ;
Rassembla les Humains dans les forêts épars,
Enferma les Cités de murs & de remparts ;
De l’aspect du supplice effraya l’insolence,
Et sous l’appui des Loix mit la foible innocence.
Cet ordre fut, dit-on, le fruit des premiers vers.
De-là sont nés ces bruits reçus dans l’Univers,
Qu’aux accens dont Orphée emplit les monts de Thrace,
Les Tigres amollis dépouilloient leur audace :
Qu’aux accords d’Amphion les pierres se mouvoient,
Et sur les murs’Thébains en ordre s’élevoient.
L’Harmonie en naissant produisit ces miracles.
Boil. art poet. ch. IV.]


[*Silvestres homines sacer, interpresque Deorum,
Caedibus & victu foedo deterruit Orpheus,
Dictus ob hoc lenire tigres, rabidosque leones.
Dictus & Amphion Thebanae conditor arcis,
Saxa movere sono testudinis, & prece blanda
Ducere quo vellet. Fuit haec sapientia, &c.
Hor. art poet. v. 391.]