Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/99

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De-la sont sortis ces grands ressorts de la sage politique, ces alliances raisonnées & salutaires, cette balance de l’Europe, le soutien des états qui la composent. Enfin les Sages de l’Orient n’avoient été que des Législateurs des Peuples ; ceux de l’Occident ont poussé les progrès de la sagesse jusqu’à devenir les Législateurs des Souverains mêmes, parce qu’aucun siecle n’a poussé si loin les Sciences & les Arts, & par conséquent la raison & la sagesse.

Dans tous les siecles néanmoins ces chaînes si salutaires & si raisonnables établies entre les Rois, entre les Peuples, se sont souvent trouvées rompues. Ces malheurs n’arriveroient point, si tout un peuple étoit savant, si tous les Rois étoient Philosophes. Quelque éclairé, quelque policé que soit un Etat, le Philosophe y est beaucoup plus rare, que ne sont dans une digue les pilotis de ces boulevards qui s’opposent au débordement d’un fleuve rapide, aux fureurs d’une mer agitée : les peuples sont ces flots impétueux qui renversent quelquefois & les pilotis & la digue qu’ils soutiennent ; & malheureusement les Rois eux-mêmes sont quelquefois peuple en cette partie.

Mais avons-nous besoin de remonter aux premiers siecles du monde, & d’en parcourir tous les âges, pour prouver que les hommes instruits, policés, sont meilleurs ? N’avons-nous pas actuellement sur la terre, dans nos climats même, des échantillons des hommes de toutes les especes. Dites-moi, je vous prie, illustre Orateur, est-ce dans des Royaumes où fleurissent les Universités & les Académies, qu’on rencontre la galante nation des Antropophages, ce peuple plein d’humanité & de sentiment, chez lequel les enfans sont honorés