Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/102

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Où étiez vous donc, M. lorsque Dieu créoit & constituoit l’homme tel qu’il devoit être plutôt que tel qu’il est, à son image très-ressemblante, composé cependant d’un corps & d’une ame, dont l’union fort intime le rend comme tout spirituel, orné en petit de tous les attributs de la Divinité, ayant des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, des sens extérieurs & intérieurs pour tout apprécier, tout discerner, pour mettre la main à tout, à l’ouvrage même de Dieu, aux plantes, aux fleurs, aux fruits, à la terre, & la rendre fertile, aux animaux mêmes & s’en servir, ut operaretur & custodiret illum. Et cet illum veut dire un beau paradis de délices, une terre ornée en jardin, une nature vraie, naïve, bonne & belle.

Et ce jardin même embelli en paradis délicieux avoir, en perspective & à son horison, à son lambris & à sa voûte, un paradis supérieur, magnifiquement, majestueusement lumineux, & brillant, comme un but & un terme auquel cet homme moitié céleste au moins devoit aboutir ou s’élever en triomphe, & porté par les Anges mêmes ? Où étiez-vous, M. R. vous qui voulez nous dire l’état primitif & originaire de l’homme & de toutes choses ? Car voilà comme Moyse, ce grand législateur de l’ancien peuple de Dieu ; & comme Jésus-Christ, le vrai législateur des fideles, des chrétiens de tous les tans, & comme la religion & l’église nous le disent, sans qu’aucun autre, fût-ce un Ange, ait droit de nous en parler autrement. Vous direz des systêmes, des hypotheses ; voilà des faits, voilà l’histoire même.

C’est l’origine de la société que vous voulez nous donner Monsieur. Encore Moyse nous la donne-t-il, non par des systêmes