Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/120

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est-il de M. R. & dans son style naturel. Adam a beau dire & prédire à la vue d’Eve, que l’homme quittera pere & mere pour s’attacher à sa femme, adhoerebit, & ce qu’Adam a prédit, a beau se vérifier à chaque instant depuis six mille ans.

“Au, lieu, dit M. R. que dans cet état primitif n’ayant ni maisons ni cabanes, ni propriété d’aucune espece, chacun se logeoit au-hasard, & souvent pour une seule nuit. Les mâles & les femelles s’unissoient fortuitement selon la rencontre, l’occasion & le desir, sans que la parole fût un interprête fort nécessaire des choses qu’ils avoient à se dire. Ils se quittoient avec la même facilité.” Quelle brutalité !

Car voilà comme on traite ce que St. Paul, je le répète, traite de grand sacrement, & de mystere même dès la fondation de l’église de J. C. C’est ébranler les fondemens de l’église que d’ébranler, comme fait M. R. ceux de la société humaine, surnaturellement élevée à Dieu par J. C. dès le premier instant d’Eve & d’Adam.

Il y a ici une observation fine ou délicate à faire, sur la sorte de profondeur superficielle dont M. R. ne laisse pas de traiter son sujet. On ne voit pas d’abord pourquoi à l’occasion des langues, cet Auteur s’embrouille dans des dissertations qui touchent fortement au fond de la question de la société. Il est fâcheux pour M. R. d’ignorer le fond de la religion qui influe de très-près dans tout cela.

Comme dans le vrai le plus théologique, c’est le Verbe de Dieu qui a fait le monde & la société, & pour qui spécialement le monde & la société humaine ont été faits, la parole qui est le principal lien de la société, & qui est en nous l’image