Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/119

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LETTRE VIII.

Monsieur, j’ai ri, je vous l’avoue, lorsqu’après tout cela je vous ai vu nous dire : “Je dirois bien comme beaucoup d’autres, que les langues sont nées dans le commerce des peres, des meres & des enfans.” En voilà, je crois la clef : M. R. ne veut rien dire comme les autres. Il y trouve, dit-il, des objections insolubles, & des fautes de raisonnement. Le grand défaut qu’il y trouve, est que cela nous dit bien comment les sociétés une fois faites, s’entretiennent ; mais non comment elles se sont faites originairement.

Mais voilà justement un raisonnement, où je trouve moi-même un grand défaut de philosophie. Toute la saine philosophie réclame ici contre l’esprit très-particulier de l’Auteur, qui ignore tout net que la conservation des choses est une répétition continuée de leur premiere création. Et réellement le commerce des peres, meres & enfans, ayant, selon la nature & les intentions révélées de Dieu, formé la premiere & toutes les premieres sociétés ; je défie de trouver d’autre raison que ce commerce, de la conservation de toutes les sociétés naturelles, qui ont subsisté ou subsistent encore sur la terre, chez les Sauvages comme chez les peuples policés.

M. R. manie les hommes originaires, naturels & primitifs comme des troupeaux d’animaux sauvages, qui ont besoin de quelqu’un qui les maintienne dans cette espece de société. Encore ce beau mot de troupeaux, dont mon style pourroit rougir,