Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/127

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se contrarient, s’énervent, & qui pour trop dire ne disent rien. Et puis les trois quarts qui se mêlent d’éloquence ou de style n’y entendent souvent rien, & tous ne sont ni des Virgiles, ni des Cicérons. Et Cicéron & Virgile n’ont après tout qu’une éloquence ou un style de recherche, d’ambition, & d’ostentation qui n’est que d’artifice, & ne va qu’à faire paroître vrai ce qui est faux, ou faux ce qui est vrai. L’Ecriture sainte n’a besoin que du vrai qu’elle dit, pour le faire goûter, pour le faire entendre du moins.

On croiroit que M. R. a beaucoup Hobbes en vue, pour le réfuter dans ce que son systême a d’impie : on ne voit pourtant pas que l’impiété de Hobbes le révolte beaucoup ; s’il la réfute, c’est en la couvrant, en l’effaçant. Hobbes n’est impie, qu’en ce qu’il suppose l’homme capable d’impiété. L’homme n’ayant de soi ni vertus ni vices, ni relations morales, ni devoirs connus, ne sauroit être impie, quoi qu’il fasse, non plus que la bête brute & animale.

L’homme de Hobbes est bête jusqu’à l’impiété : celui de M. R. est impie jusqu’à la bêtise. Il n’est pas impie, mais il n’est pas pieux : il n’est rien de moral. Ce n’est que de la matiere peu-à-peu organisée, & enfin devenue animée & capable à la longue de se développer en esprit, pour s’exhaler tôt ou tard à rien, à force de s’affiner. Voilà la physique encore mal déduite & très-équivoquement énoncée.

La premiere vertu que M. R. donne à son suppôt d’humanité, devenu sociable, ou en voie ou en vue, de le devenir, c’est la pitié, vertu animale & de pur tempérament, selon l’Auteur, qui charmé de cette belle découverte, va réformer