Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/153

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& pour les enchaîner dans les doux liens de la société ou de l’unité d’association des fideles chrétiens, unis en communauté de baptême, de prieres, de sacremens, de mœurs, de créance, en un mot, de raison & de foi, ou de christianisme & d’humanité.

Encore aimai-je mieux convaincre ici M. R. d’une simple ignorance de l’histoire & des faits positifs, que de lui faire un crime d’une erreur volontaire, ou d’un raisonnement de mauvaise foi. Ce nom de Sauvage le trompe ; il a toujours dans l’esprit ses Sauvages fantastiques semés un à un dans les forêts, parmi des troupeaux de bêtes, dont ils ne sont pas les pasteurs, & qui sont au contraire les leurs, jusqu’à leur donner de l’instinct, pour manger, boire, dormir, & se former même en société. Une ou deux historiettes de deux ou trois prétendus Sauvages solitaires, trouvés dans les forêts de Saxe, de Bornéo, de je ne sais où, sont ici tout le fond de l’histoire, sur lequel table sans cesse M. R.

Rien n’est moins vérifié, rien n’est plus apocriphe que ces historiettes-là. Du reste, rien ne ressemble moins à ces nations, grandes nations des Sauvages de l’Amérique, fût-ce celles de la Sibérie & du Groënland, que les Sauvages imaginaires de M. R. Pas un nom de Sauvage, Illinois, Missouris, Abenaquis, &c. qui ne forme sa peuplade, sa nation, ses villages, son corps de société, qui n’ait ses capitaines, ses chefs, ses caciques, ses especes de magistrats, ses loix, ses mœurs du moins & ses usages. Tous ont des propriétés, des communautés, des intérêts particuliers & publics, & en conséquence des guerres avec les nations voisines ou éloignées,