Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/17

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toute sa pureté, nous ne trouvons que meurtres & violences : les héros étoient des chevaliers errans, qui n’étoient occupés qu’à massacrer des brigands publics, à châtier des peuples séditieux, à détrôner des tyrans : chemin faisant, ces demi-dieux eux-mêmes usurpoient les couronnes, tuoient tout ce qui osoit leur résister, sans autre droit que celui du plus fort, enlevoient les femmes & les filles, & remplissoient le monde d’une postérité sort équivoque. La force du corps faisoit alors tout le mérite des hommes, & la violence toutes leurs mœurs ; les héros du siege de Troye vivoient durement, ne savoient pas un mot de philosophie, & n’en étoient pas meilleurs : les poëmes d’Homere sont trop connus pour que je doive entrer dans des détails ; qu’on juge des mœurs de ces peuples par leur religion, quelles vertus auroit-on pu en attendre ? Ils s’étoient fait des Dieux pour tous les vices : la religion, il est vrai, pouvoit beaucoup sur leurs esprits : les barbares qu’ils étoient, lui sacrifioient jusqu’à leurs enfans.

Les villes & les Républiques flotterent long-tans entre l’anarchie & la tyrannie, entre les crimes de tous & les crimes d’un seul : enfin Lycurgue & Dracon furent les réformateurs de Sparte & d’Athenes qui devinrent les plus célèbre villes du monde. La rigueur de leurs loix est une nouvelle preuve des malheurs qui les avoient précédées ; jamais ces peuples ne s’y seraient soumis, si leurs miseres ne les y avoient préparés & forcés : l’ignorance alors diminua, & les vertus se perfectionnèrent ; sans ces deux philosophes, qui sans doute n’étoient pas des ignorans, les mœurs de ces deux Républiques armoient vraisemblement empiré toujours de plus en plus ; car la corruption