Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/173

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de notre amitié, il y a plus de trente ans, je le trouvai dans une espece de verve, & tout enthousiasmé de la découverte qu’il venoit de faire, disoit-il, d’un peuple spécialement conquérant dans l’univers : or ce peuple étoit les Tartares. Dans ce moment, M. de Montesquieu en étoit à la dix-huit ou vingt-huitieme irruption conquérante, que ce peuple avoit, faite dans notre triple continent, Européen, Asiatique, Africain.

Ce qui causoit l’enthousiasme, & faisoit la découverte propre spécifique de l’Auteur, étoit que prenant, la chose dans toute la rigueur, il vouloit que ce peuple seul, à l’exclusion de tout autre, Grec, Romain, Mede ou Persan, fût créé par la nature, ou donné de Dieu même, avec la qualité spécifique & caractéristique de peuple conquérant ; ce que, sans nier cela, je fonde ici sur la vie spécialement tartare, champêtre, campante, pastorale & militaire, que je regarde comme la vie proprement humaine & sociable, selon Dieu & la raison, & nommément selon la foi de l’Eglise & de Jésus-Christ, dont la propre demeure sera toujours nommée le tabernacle du Dieu vivant.

Et voilà je crois, le propre sens du Deus non in manufactis habitat. Nos villes seules & nos maisons de pierre de taille peuvent porter le nom de manufacta. Un tente, un tabernacle n’est jamais une maison faire, faite pour toujours & pour long-tems. Elle ne tient point à la terre, & pour le moins n’y est-elle pas enracinée, mais toujours à refaire & prête à s’envoler, comme notre vie, au gré du vent & des vrais besoins.

Je n’ai pas d’idée que M. de Montesquieu ait imprimé quelque