Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/187

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raison n’exclut pas la république du vrai droit d’être un bon gouvernement. Qui dit république, dit chose publique : & je doute que ce qui s’appelle public, soit un bon gouverneur. L’idée du bon gouverneur me paroît être celle d’une vraie monarchie ; aussi n’y a-t-il qu’un Dieu & qu’une providence, modele de tout bon gouvernement.

Chacun a ses raisons, mais M. R. n’en a point pour dire qu’un droit de conquête soit un droit éternellement litigieux. Cet Auteur qui devine à sa fantaisie l’origine de toutes choses, dit que le premier gouvernement naissant, n’eut point d’abord une forme constante & réguliere. D’où le sait-il ? De sa raison que voici. Le défaut de philosophie & d’expérience ne laissoit, dit- il, appercevoir que les inconvéniens présens, &c. Il s’agit bien de philosophie & d’expérience physique ?

Voilà la manie de nos grands philosophes, physiciens à expérience depuis Newton, de vouloir mettre la main au gouvernement, & y dire leur mot, comme si dans la physique même, leur mot étoit autre chose qu’une simple hypothese, variable au gré de tous les grands parleurs. Tout cet endroit est plein de maximes séditieuses, & d’autant de sophismes.

L’Auteur cite Pline, disant à Trajan : Si nous avons un Prince, c’est afin qu’il nous préserve d’avoir un Maître. Voilà le vaudeville, l’épigramme, le coup de langue, le bel-esprit qui nous affolle. Pline étoit trop adulateur, pour ne pas joindre le titre de Maître, à celui de Prince, dans un panégyrique fait en face d’un Empéreur, à qui sur toutes choses il vouloit plaire, au prix de toute sa liberté & de toute celle de sa patrie. Trajan eût-il été le tyran des Romains, comme il