Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/186

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autre droit que d’être gouvernée, est forcée de se former en république ou en monarchie, en déférant le gouvernement plusieurs ou à un seul. Et encore, faut-il toujours un seul chef de magistrature, de sénat ou de république, un dictateur un doge, un flathouder, tant la multitude a peu le droit de se gouverner, si ce n’est en servant fidellement celui qui a d’ailleurs le droit de la gouverner.

A remonter aux idées philosophiques, métaphysiques, morales, théologiques même des choses, on ne trouvera jamais dans une multitude en société qu’un besoin d’être gouvernée. Ce besoin qui lui est propre, peut fonder le droit de celui qui la gouverne, mais non le sien, si ce n’est passivement comme j’ai dit. Essentiellement, une multitude qui se gouverne, porte l’idée d’un mauvais gouvernement, d’un non gouvernement. Où est donc son droit ? Il est dans celui qui est suscité ou que Dieu suscité pour en user, fût-ce un, conquérant, pourvu qu’il soit légitime.

Mais s’il n’est pas légitime d’abord, le tems peut le légitimer, quoiqu’en dise M. R. Il y a, & il est bon qu’il y ai un tems de prescription, où la possession fasse le droit devant Dieu & devant les hommes. Le principe de M. R. est un semence de révolte & de guerre éternelle. Une nation, sur tout si elle est grande, n’a jamais droit de déposséder un posesseur, si ce n’est à la suite d’un autre reconnu légitime, ou lus légitime possesseur.

Je dis qu’une nation, plus elle est grande plus elle a droit c’est-à-dire, besoin d’être gouvernée, & moins elle a droit de gouverner, On en voit la raison, & je ne sais pas si cette