Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/197

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ciel que pour le remercier de vous avoir ennobli ; au lieu qu’il le remercia de l’avoir humilié, en le priant de l’en relever, comme il arriva par la bonté de Dieu.

Vous-en jugez encore ici, en nous blâmant de n’en pas juger de même, par des animaux, dites-vous, “nés libres & abhorrant la captivité, que vous voyez se casser la tête contre les barreaux de leur prison, par des multitudes de

Sauvages tous nuds.” Ce sont toujours vos termes, vos phrases, vos sentimens, votre philosophie ; oui tout nuds, “qui méprisent les voluptés Européennes, & bravent la faim, le feu, le fer & la mort, pour ne conserver que leur in dépendance.”

Pour le moins, cette sois-là, mon cher M. R. image de Dieu que vous êtes, image d’homme au moins, vous conviendrez que cette liberté de se casser la tête, & de se noyer dans l’eau ou se martyriser dans le feu, est bêtise pure, folie, fureur, de mourir pour ne pas mourir, ne moriare mori, & de se rendre l’esclave du démon en enfer, pour ne l’être pas de quelque honnête homme, fût-il un tyran dans un beau,& bon pays comme est la France, par exemple.

En vérité je n’ai jamais compris les Grecs mêmes, les Athéniens, beaucoup moins vous comprends-je, M. R. de nous vanter une liberté qu’on ne peut recouvrer qu’en se faisant bien du mal en périssant même & en devenant l’esclave de cette prétendue liberté. Définissez-nous donc au moins une bonne fois cette liberté après laquelle vous courez. Où est-elle ? En quoi consiste-t-elle ? Faites-nous voir un état, un -pays, un séjour où on la trouve ? Vous nous faites voir des