Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/246

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nous-mêmes n’y sommes arrivés que par-là. Chez un peuple savant, tout est savant, le vice même.

C’est même ce qui trompe M. R. Nos vices sont des vices de science, mais non de la science. Savans ou ignorans, les hommes sont vicieux. M. R. croit-il les vices barbares moins barbares que nos vices savans ne sont savans. Encore, tout vice est vice d’ignorance, omnis peccans ignorans ; & nos vices ne sont savans que jusqu’au vice exclusivement. En un mot, les vices des savans, sont les vices de savans, mais non de la science, de la conscience, qui les réprouve impitoyablement & sans quartier.

Ce qu’on pourroit dire de plus vrai c’est que les vices des sciences sont de plus grands vices, plus contre la conscience & plus impardonnables. La these de M. R. sera constamment fausse, jusqu’à ce qu’il nous montre une science, un livre, un savant même, qui canonise & qui n’anathématise pas les vices les plus grands, comme les plus petits.

Une grande preuve contre lui, est que nous prenons nos arts & nos sciences, les belles-lettres sur-tout dans les livres des Payens, Grecs & Romains, & que malgré cela, nous ne sommes jamais tentés de paganisme & d’idolâtrie, ni d’aucune sorte d’hérésie même, étant du reste très-édifiés des plus grands & des plus petits traits de morale dont ils sont pleins.

Dieu merci, je ne juge pas ordinairement de toutes ces choses-là comme M. R. par fantaisie, par humeur, & tout-à-fait sans principes ; sic volo, sic jubeo : voilà sa façon de raisonner. A peine daigne-t-il nous rendre raison des inconveniens qu’il trouve dans les objets de les dégoûts universels.