Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/25

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obtenir les suffrages, l’abus enfin que les magistrats faisoient si souvent de l’autorité ? Ce n’est pas un seul Sylla que l’on trouve dès ce tems-là ; on en voit dix à la fois dans les Décemvirs : qu’elle corruption ne doit - il pas y avoir dans une ville où le choix tombe sur dix magistrats aussi détestables !

La politique des Romains ne voyoit rien de juste que qui étoit utile : quel art n’employoient-ils pas pour diviser, affoiblir, tromper ou effrayer tous les peuples & les détruire les uns par les autres ? Quelles chicanes, quelles subtilités honteuses pour attaquer ou soumettre des nations qui ne leur avoient donné aucun sujet légitime de leur faire la guerre ? Quel poison caché sous ces beaux noms de traités & d’alliance ? Quelle insolence & quelle dureté dans la victoire ? Brigands politiques, ils pillerent l’univers ; les trésors des vaincus ornoient le spectacle de ces triomphes qui faisoient gémir l’humanité ; invention funeste par qui toutes les passions étoient armées pour la destruction des hommes ; ils ne se contentoient pas d’enchaîner les Rois & de les traîner à leurs chars ; contre toute sorte d’humanité & de justice, ils osoient les condamner à la mort : les sciences n’existoient pas encore, Rome ignorante avoit déjà commis tous les crimes de la guerre, la politique, & de l’ambition.

Je sens à quel point j’offense le préjugé dans la censure qu’une juste défense m’a obligé de faire de ces peuples célèbre : la plupart des hommes ont la louable foiblesse de croire à la chimere de la perfection : il n’a pas tenu aux poëtes & aux déclamateurs de college que nous ne crussions l’avoir trouvée dans les ruines de ces vieux siecles embellis par leur imagination :