Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/253

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au commencement, brûler le temple d’Ephese. Si M. R. n’avoit pas attaqué tantôt les lettres, tantôt les arts, la musique les mœurs, la religion, le bon sens, on auroit moins applaudi à son style savoisien ou à sa franchise helvétique.

Humilier les vrais savans, les vrais artistes, est un crime qu’on pardonne, qu’on travestit en vertu chez les demi-savans, souvent chez les savans même, & toujours dans un public qui aime à se dédommager des récompenses & des éloges qu’il est forcé de donner au vrai mérite, qu’il aime même à ne pas donner, ou à donner de préférence au demi-artiste, au demi-savant, toujours bien plus empressé à en remercier, à les demander même.

Les vrais savans sont communément assez bonnes gens, gens même assez modestes. Ils peuvent avoir un peu de vanité. L’orgueil est pour les demi-savans, l’arrogance pour les quarts de savans, l’insolence, la rusticité, la brutalité, &c. pour la descendance de la série des demi-quarts, demi-demi-quarts, &c.

Les vrais savans sont retirés, amoureux de leur cabinet, point chefs de secte, de cabale. Les demis & quarts de savans ont du tems de reste pour courir de cercle en cercle, de café en café, & y répandre leur déisme, leur licence, leur mécréance, qui leur servent d’introducteur & de passe-port.

Le déisme nommément est constamment l’effet d’une demi-science, tout comme, & plus encore que l’hérésie. Le déisme & l’hérésie sont des demi-religions, analogues aux demi-sciences qui les enfantent. Comme Dieu est par-tout, que tout est son ouvrage, & qu’il a gravé ses traits dans les