Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/252

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chimere des esprits orgueilleux, enthousiastes, fanatiques & frénétiques presque, qui veulent tout anéantir, arts, sciences, &c.

Il en est de la demi-science en fait d’esprit comme de l’hypocrisie en fait de mœurs. Le demi-savant n’a que le masque de la science, comme l’hypocrite a le masque de la vertu. Ils jouent l’un & l’autre, l’un la vertu, & l’autre la science. Et comme l’hypocrite va au vice par le chemin de la vertu, le faux savant, le demi-savant, car c’est le même homme, va à l’ignorance par le chemin de la science. Il n’est pas nouveau, de dire que la demi-science est pire que l’ignorance.

Scientia inflat. Il faut le croire dès que l’Ecriture le dit : absolument toutes nos sciences ne sont que de demi-sciences, & c’est à ce titre de demi-sciences qu’elles peuvent nous enfler. Car du reste, rien n’est plus enflé qu’un demi-savant, si ce n’est un quart de savant, qui ne le cédé qu’au demi-quart, & celui-ci au demi-demi-quart, & sic in infinitum, disent les philosophes géometres. Je suis Monsieur, votre, &c.

LETTRE XLI.

Voila, Monsieur, le propre des demi-savans des demi-talens, d’étayer leur demi-science, leur demi-talent, d’un vernis de licence, de libertinage ou de mécréance qui rehausse toujours leur mérite littéraire auprès des sots, des mécréans, des méchans, ou des simples mondains. C’est ce que j’ai appellé