Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/271

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de sa raison ; elle jugea en ce moment à sa place. En effet, tout dans Rousseau indique qu’il fut toujours plus touché du bon & du bien, qu’il ne fut précisément jaloux du relief du savoir ; qu’il eut enfin plus de vertu que d’amour-propre, quoique né avec un genre d’orgueil très-haut, ce que certaines personnes s’expliqueront sans nulle peine.

Ce premier essai enfanta son discours sur l’inégalité des conditions ; ouvrage lié au premier ; ouvrage moral, métaphysique, politique, très-profondément travaillé, lequel offre encore le même paradoxe, fondé sur les mêmes vues, & dont l’argument ne pouvoit être établi que par le prestige du raisonnement uni à la plus brillante éloquence, à cette éloquence qui gagne le cœur, lors même qu’elle égare quelquefois la raison.

En même tems si cet ouvrage pêche par un manque réel de justesse dans son systême, de combien de beautés de détail, de grandes vérités, de notions lumineuses & nouvelles sur la nature de l’homme, sur celle de ses facultés n’est-il pas rempli ? Les pages de ce livre en sont couvertes ; les propositions particulieres éclatent presque toutes de lumieres ; mais il est vrai de dire que leur liaison à la proposition principale, bien qu’habilement pratiquée, est absolument inexacte. Tout tombe par ce vice radical ; malgré cela, les débris de cet édifice offrent autant de trésors dont la raison aime à s’emparer avec fruit.

Les hommes inégaux par nature, en force, en talens & intelligence, ne pouvoient pas, sans doute, rester égaux dans la société où cette même nature les fuit. Les institutions