Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/275

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publics dont il se vante le plus : de-là, il entra plus avant dans son cœur, & traita à fond cette passion puissante qui anime & gouverne l’univers. Idolâtre des femmes, il jugea avec rigueur leurs ridicules. & leurs défauts ; mais en revanche, il leur présenta un culte si pur & si animé dans l’amour vrai qu’il leur peignit, que la nature, qui ne se trompe pas, leur rendit infiniment cher un censeur qui, en les connoissant si parfaitement, savoit mieux qu’homme au monde les intéresser & les aimer.

Ce fut après avoir parcouru, dans l’esprit dont je parle, la plupart des établissemens civils, qu’il écrivit son Emile ; ouvrage où le précepte mis en action, forme dans un tissu de faits intéressans, une législation continue, & dont l’exécution, quant au mérite littéraire de l’ouvrage, égale la beauté de la conception.

Ce livre, qui contient les vrais principes de Rousseau sur presque tous les points importans de la vie, lui fit des ennemis & beaucoup de sectateurs ; car il est à remarquer que tout ce que cet homme a écrit est de nature à lui former des partisans de ce dernier genre. On sait que cet ouvrage a produit dans l’éducation domestique, premiere base de cette éducation politique que nous nommons constitution des Etats, de très-grands changemens ; enfin, qu’il a opéré réellement une révolution dans beaucoup d’objets de la conduite pratique de la vie, tant cet homme, par la force de ses idées & la persuasion de son éloquence, étoit né pour changer la face des choses. Parmi nombre d’essais peu praticables ou trop risqueux, qu’il indiqua toujours avec la même séduction, nous lui avons l’obligation