Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/28

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


celles de nos époques qui sont éclairées d’une plus grande lumiere ne nous permettent pas d’en douter ; je me contenterai de donner pour exemple le tems des Croisades.

L’ignorance fut remplacée par de fausses opinions ; de mauvaises études prirent le nom de sciences, & le monde n’en fut pas mieux : les mœurs s’adoucirent pourtant par l’expérience du malheur ; il me suffit de remarquer que les mœurs des regnes de Charles VI, Charles VII & Louis XI, n’étoient pas meilleures que celles du regne de François I, qui appella les Lettres en France ; & qu’enfin les tems de Catherine de Médicis & de ses fils ne sont nullement comparables à ceux de Louis XIV & de Louis XV, les seuls dans notre histoire, où les sciences & les arts ayent pris un accroissement capable de leur donner une influence marquée sur les mœurs.

S’il pouvoir rester quelque doute à l’égard de mes conjectures sur les vices des premiers âges du monde, un coup-d’œil jette sur tant de peuples ignorans qui existent encore, suffiroit pour donner le plus haut degré de certitude : que verrons-nous dans les trois quarts de l’Asie ? Le despotisme & l’esclavage, les caprices d’un tyran invisible pour toutes loix, la terreur dans les peuples pour toutes mœurs, un sexe entier victime à la fois de la force & de la foiblesse de l’autre, des milliers d’hommes sacrifiés inhumainement à la jalousie d’un seul, & privés à jamais des plaisirs dont ils armoient dû jouir, pour un maître qui n’en jouit pas ; par-tout le sang humain compté pour rien, & les droits les plus saints de la nature méconnus ou violés : les côtes d’Afrique, la patrie d’Annibal, de Térence & de St. Augustin ne nous offrent que les citadelles