Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/296

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à l’hypocrisie près. On peut dire qu’il n’eût pas été en son pouvoir d’être chef de secte, ayant pontant en lui tant de moyens pour l’être. Jamais, par exemple, il n’eût été ni Luther ni Calvin. Il répugnoit à l’on cœur d’arriver au vrai autrement que par le doux empire de la persuasion, & par l’influence encore plus douce des affections de l’ame & du sentiment : espece d’empire qui est au fond le vrai dominateur des esprits.

Il alla même par des causes qui ne sont pas assez connues pour être citées, jusqu’à éviter depuis nombre d’années toute liaison avec les gens de lettres en général, malgré l’attrait dont les personnes de cet ordre eussent été pour lui ; ce qui a fait dire, on ignore sur quel fondement, qu’il n’étoit pas aimé d’eux, & qu’à son tour il ne les aimoit pas.

Enfin, comme il recueilloit dans la carriere des lettres, plus de déplaisirs secrets que de satisfaction par la gloire qu’elles lui apportoient, après s’être entièrement séparé de ceux qui les cultivent, il finit par se séparer des lettres mêmes, du moins il ne s’en occupa plus que pour lui seul, s’étant voué dans les dix dernieres années de sa vie absolument au silence. L’amour de la paix fut évidemment le motif de cette conduite. Ni les attaques de ses ennemis, ni les tentations si vives de la gloire, ni celles si pressantes du besoin, rien ne put lui faire abandonner cette résolution. Il immola tout à sa tranquillité ; il s’y immola lui-même, & livra jusqu’à sa réputation au doute, aux critiques qu’il ne repoussa plus, n’ayant cherché dès-lors de consolation, loin de la société des hommes, qu’en Dieu & dans sa seule conscience.