Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/302

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une très-mauvaise conduite pour la fortune & l’avancement dans tous les tems & dans tous les lieux. Et comment en seroit-il autrement ? Cette sagesse rigide condamne une infinité de choses ; elle blesse sans cesse les modes, les, usages reçus ; elle réformeroit presque tout si elle en avoit le pouvoir.

L’homme sage est regardé communément comme un homme singulier, extraordinaire : oui sans doute il l’est ; mais comment ? Dans ses hautes pensées il considere peu tous ces minutieux détails qui forment ce qu’on appelle la science de la vie ; le corps de la société ne se présente à lui qu’en grand ; sans cesse il s’éleve jusqu’à l’ensemble de toutes les sociétés de l’univers. Au physique toute la nature créée dépendante des mêmes loix, s’offre à ses yeux ; au moral, Dieu, l’homme naturel, l’homme civil, sous quelque forme politique que cette civilisation se soit établie : voilà les trois grands rapports auxquels il applique toutes ses pensées.

Que deviennent ensuite toutes ces institutions d’un Etat particulier, quelque grand qu’il soit, mais toujours si peu considérable dans le vaste tout de l’univers ? ces loix de quelques, siecles, ces usages locaux de quelques années, & souvent de quelques momens ?

Que deviennent ensuite dans ce grand tout les actions d’un seul homme, renfermées dans un petit espace & bornées à un point de la durée ? L’homme ordinaire est frappé de ce point ; il ne voit que cet espace il règle sur cela toutes ses démarches. L’homme supérieur examine la totalité des lieux, des objets, & le cours de tous les tems. En toute occasion