Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/304

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vérité avec moins de concision & de majesté, quoiqu’avec plus de chaleur que lui. Il eut en outre quelque chose de plus précieux encore ; il eut, ( car je ne peux me laisser de revenir sur ce point), il eut l’ame d’un des hommes les plus vertueux de la terre. Si ses idées en général, comme on le prétend, furent fort exaltées ; ses actions, sa conduite correspondirent parfaitement, autant que l’humanité le permet, à la hauteur de son systême. L’homme en lui dans la pratique, fut au niveau de sa doctrine. Il s’égala à ses pensées, de sorte que toutes les pieces de cet être surprenant, paroissent analogues entr’elles, & forment un tout infiniment intéressant, qui mérité à plus juste titre l’admiration, qu’il ne blesse ou peut blesser par son peu de conformité à nos usages.

Ajoutons encore d’autres traits pour achever de représenter tout ce qui a constitué l’homme de génie & l’homme rare dont je parle.

Rousseau fut religieux. Tout esprit éclairé croit, & toute ame sensible aime. L’idée d’un Dieu est si intime, si consolante & si douce, qu’il n’y a qu’un être dépravé dans sa raison, & dénaturé pour lui-même qui la rejette. Mais Rousseau crut & aima à proportion de ses lumieres & de si sensibilité ; & il écrivit sur ces matieres, selon le degré éminent qu’avoient en lui ces deux qualités. Entre toutes les beautés touchantes de son éloquence, c’est principalement dans la peinture qu’il offre souvent de la religion, qu’il est admirable. Il s’est exprimé sur ce sujet avec une persuasion si imposante & si vive, que cet homme vraiment sublime dans sa morale, peut passer pour le prédicateur de Dieu dans tous les cultes.