Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/31

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étouffée : mais si le naturel d’un peuple ignorant peut être bon, ses passions sont toujours redoutables ; la raison perfectionnée peut seule leur marquer de justes limites ; chez les nations non civilisées, les haines sont cruelles & les vengeances atroces.

Enfin, si l’ignorance ne produit pas immédiatement tous les excès des nations barbares, on ne peut nier qu’elle ne soit la source de cette rusticité brutale & féroce qui les familiarise avec les violences & le sang, ainsi que de l’oisiveté éternelle qui ne leur permet pas d’autre industrie que le brigandage.

Les Hottentots,*

[*Histoire des Voyages.] après la cérémonie qui les constitue à l’âge de dix-huit ans dans la qualité d’hommes, ont le droit de battre leur mere, & se hâtent ordinairement d’en user : les Souverains ne tirent que de légeres impositions ; mais c’est pour eux un amusement royal de tuer des hommes : l’Empereur du Monomotapa dans certaines fêtes, fait donner la mort aux seigneurs de sa Cour qu’il aime le moins, le massacre des prisonniers de guerre est de droit ; le Roi de Dahomay en sacrifia, selon le récit des voyageurs, jusqu’à quatre mille en un seul jour ; & c’est pour le dire en passant, une excuse pour l’usage des Européens d’acheter des esclaves Negres, puisque ce sont tous des malfaiteurs ou des captifs destinés à la mort, que la vengeance aurore sacrifiés, & que l’avarice aime mieux vendre. Le Roi des Jaggas, nation errante, qui ne vit que de brigandage, fait lâcher un lion furieux au milieu de son peuple désarmé & rassemblé en cercle dans une vaste plaine ;