Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/357

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il convient d’accuser. Alors Jean-Jaques devra se défendre ; & s’il ne se défend pas, ou s’il se défend mal, on sera en droit de s’en rapporter à des accusations, que son silence laissera subsister, ou que ses raisons ne pourront détruire. Mais, comment engager ses accusateurs à se montrer ? Que leur offrir en dédommagement de la honte dont ils se couvriroient en déclarant qu’ils ont l’ame assez noire pour supposer le vice, sous les plus éclatans dehors de la vertu ? Et cela gratuitement : car enfin on ne conçoit pas que quelqu’un puisse être intéressé à nuire à Jean-Jaques ; il est évident qu’il a des ennemis ; mais on n’imagine pas comment il s’en est fait : on voit bien les effets de leur haine ; mais on n’en sauroit soupçonner la cause. Jean-Jaques qui n’est avide ni de biens, ni de distinctions, n’a jamais dû croiser les vues de qui que ce soit : son éloquence qui s’est élevée avec tant d’énergie contre la dépravation générale, n’a jamais diffamé les mœurs, noirci le caractere, flétri l’honneur, ni déprisé les talens d’aucun particulier. Jamais les malheureux ne s’adressent à lui sans en recevoir quelque soulagement ; ceux que la médiocrité de sa fortune ne lui permet pas de secourir de sa bourse, ne laissent pas d’avoir part à ses bienfaits ; il les encourage, les conseille, les plaint, les console. Personne n’exerce mieux que lui, l’humanité qu’il recommande mieux que personne. Il fait, dans tous les genres, tout le bien qu’il peut : il n’en faut pas d’autres preuves que les regrets qu’il a laissés, par-tout où il a fait quelque, séjour. Je ne dis point ceci au hasard, je le tiens d’un homme d’une probité irréprochable, & d’un mérite supérieur. Je le citerois s’il vivoit encore ; mais il n’appartient qu’à M.