Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/418

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pour la vérité. Lorsque son expérience, ses réflexions, ou les observations de ses amis, jettoient de nouvelles lumières sur un objet qu’il avoit mal vu, il se mettoit fort peu en peine de se contredire, parce qu’il craignoit moins les triomphes de ses adversaires, que les reproches de sa délicatesse ; & ne balançait point à rectifier, en revenant sur ses pas, les idées de ceux que son autorité avoit pu séduire. Ce qui, au surplus, ne lui arrivoit qu’en matières de goût, & tout-à-fait étrangeres aux bonnes mœurs. Je ne présume pas que ce soit en qualité d’orthodoxes, que ces Messieurs lui sont son procès : ainsi le, n’ai rien à leur abandonner ; & je dois défendre tout ce qu’ils attaquent, la beauté de son ame, la pureté de ses intentions, & l’intégrité de sa vie.

Ne pensez pas, Monsieur, que ce soit parce que la nature m’a placée dans la classe de ces êtres mobiles, dont l’imagination prompte à s’allumer, les met toujours à la discrétion d moment.... de ces êtres peu instruits, dissipés, avides de jouissances, &c. que je consacre mes forces à la défense de J. J. Rousseau. Malgré le portrait, hélas ! trop fidèle, que ces Messieurs sont de mon sexe, je ne me déclare pour son bienfaiteur, que, parce qu’avec les mêmes raisons qu’eux de l’estimer, je n’ai’pas le même intérêt à cacher mon estime. J’ai personnellement très-peu connu Jean-Jaques ; mais je suis entourée de gens qui l’ont connu à fond : il n’y en a pas un, qui, négligeant de préconiser son mérite littéraire, comme trop généralement reconnu, n’insiste sur les éminentes qualités qui constituoient son caractere ; & qui ne dise qu’il n’avoit de défauts, que l’excès de quelques vertus. De plus, j’ai lu de lui cent quatre-vingt-quatre