Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/417

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EDITEUR par excellence. Cependant, la reconnoissance qui applaudit au mal, étant presque aussi condamnable que l’ingratitude qui le commet, je suis forcée d’abattre au moins un des coins de l’autel, que mon admiration a élevé à la merveilleuse sagacité de ces hommes rares. Le dernier dit, avec le consentement de l’autre, que Jean-Jaques n’est pas même un ami très-sincere, & très-zélé de la vérité. Comme cela est foible !.... Après les horreurs qu’ils ont imputées dans leur premiere note, à ce philosophe dont, pour me servir d’une expression du Journal de Paris, l’inflexible probité est le désespoir des philosophes du jour, cette perfide modération choque autant le bon sens, que l’honnêteté. Celui qui n’est pas un ami très-sincere & très-zélé de la vérité, est un fourbe. J’en demande pardon à ces Messieurs ; mais il faut trancher le mot ; ce n’est pas pour Jean-Jaques qu’il peur être une injure. Quand j’ai dit qu’ils n’attaquoient que ses talens, le trait que je relevé m’avoit échappé ; & j’étois entraînée par la persuasion où l’on est universellement (je ne les excepte pas) qu’ils auroient fait grace à ses vertus, si ses talens n’avoient pas irrité leur envie. Jean-Jaques étoit un ami très-sincere & très -zélé de la verité ; puisqu’il la préféroit aux intérêts de son amour-propre, de sa fortune, & de sa liberté. Un Cardan peut combattre cette assertion : mais il n’eût pas en son pouvoir de la détruire ; elle est trop incontestablement prouvée. Eh ! ces Messieurs la prouvent

eux-mêmes, sans le vouloir, en disant que, Jean-Jaques se met fort peu en peine de se contredire ; car cela est vrai : non par inconséquence, comme ils feignent de le croire, mais par amour