Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/479

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à notre aise pour vous répondre ; car les gens délicats ont une certaine pudeur, qu’il leur en coûte toujours de vraincre, quand d’intérêt de la justice les oblige à dire des vérités dures à quelqu’un qui se montre à visage découvert. Quelques personnes de beaucoup d’esprit croient, il est vrai, que l’anonyme que vous gardez cache M. d’Alembert lui-même, qui, pour éviter d’avoir l’air de l’acharnement en continuant de poursuivre Jean-Jaques, a d’autant plus volontiers pris cette tournure, que les petits moyens sont tout-à-fait de son goût. Pour moi, je ne le crois pas : il ne me paroît pas physiquement impossible, qu’il se trouve quelqu’un qui veuille bien faire semblant de penser que M. d’Alembert a raison ; ne fût-ce qu’un aspirant à l’Académie. Quoi qu’il en soit, si vous n’êtes pas M. d’Alembert, qui que vous soyez, vous avez sort bien fait de ne vous pas nommer ; notre franchise en sera moins gênée : si vous l’êtes, la précaution est absolument superflue. Si je dis, notre reconnoissance, notre franchise, ce n’est pas, Monsieur, pour m’exprimer comme vous en style royal ; c’est parce qu’étant unie de sentimens & d’opinions avec les amis de Jean-Jaques, je me charge de vous répondre en leur nom, & d’acquitter envers vous toutes leurs dettes. Tant pis pour eux peut-être ; mais ils me le pardonneront, pourvu que ce ne soit pas tant mieux pour vous.

Votre but, bien louable assurément, est d’établir que Jean-Jaques étoit un ingrat ; & vous en apportez pour preuve, la lettre pleine d’injures qu’il a écrite à mylord Maréchal ; lettre vue & lue par M. Muzell Stosch, qui est connu à Berlin pour un très-honnête homme. Cela peut être : mais c’est À PARIS