Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/49

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mêmes, par un égarement monstrueux se rapportoient uniquement à cet objet ; & que pouvoit produire en effet une frugalité oisive, une pauvreté qui avoit tout à acquérir & rien à perdre, une dureté de mœurs qui ne vouloit être adoucie par rien ? Que restoit-il, sinon de se haïr & de se combattre sans cesse, ne fût-ce que par désœuvrement, si ce n’étoit par férocité & par ambition ? C’est ainsi que Rome toujours armée & toujours sanglante a été pendant plus de six cents ans l’ennemie du monde, avant d’en être la maîtresse. Détournons les yeux un moment de cette ville superbe ; portons-les sur les ruines de cent villes dépouillées, dépeuplées, ravagées par le fer & le feu ; considérons ce qu’il en a coûté au genre-humain pour la gloire d’un seul peuple, & admirons encore, si nous l’osons, le barbare systême des vertus anciennes qui, renfermées dans les murs de chaque ville, ne voyoient dans le reste du monde que des ennemis, & ne s’exerçoient que pour le meurtre & la destruction.

Appliquons enfin ces principes à cette horrible corruption de notre siecle, qui nous a valu tantôt les noms de lions & de tigres, tantôt l’épithete de fourbes & de fripons, capables de tous les vices qui n’exigent pas du courage, & tant d’autres invectives répétées à chaque page par notre adversaire. Je dédaigne les avantages que je pourrois tirer d’une déclamation aussi outrée, pour me renfermer uniquement dans mon sujet : je ne nierai pas qu’il n’y ait parmi nous des richesses mal acquises & dont on abuse pour le faste & la mollesse, pour la séduction de la vertu & le salaire du vice ; j’avoue que l’ostentation monstrueuse de quelques fortunes forme un contraste