Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/48

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la même qualification, la plus haute insolence du vice & le plus petit relâchement de la vertu.

La corruption se mesure par la qualité des vices nouveaux qu’elle introduit dans les mœurs, & les vices eux-mêmes tirent leurs qualités de celles des biens dont ils nous privent ; les premiers biens sont, la vie, la liberté, les possessions, la bonne constitution de la société où nous vivons, enfin la paix & l’union avec les sociétés voisines ; ainsi les vices les plus graves sont, l’inhumanité, l’injustice, la mauvaise soi, la lâcheté, l’esprit de révolte, la violence & l’ambition ; tous les autres vices qui n’attaquent point les vertus de premiere nécessité & les biens naturels, forment un genre de corruption moins criminel & qu’on ne doit nullement confondre avec le premier : ainsi plus ou moins d’usage des richesses & des plaisirs, n’est jamais qu’un abus tolérable en comparaison des vices dont je viens de parler, sur-tout lorsque la constitution de l’Etat est telle qu’elle n’en est pas directement violée.

Par ces principes nous devons juger que le plus haut degré de corruption se trouve, ainsi que je l’ai dit plus haut, parmi ces nations sauvages qui n’ont ni mœurs, ni loix, ni gouvernement, ni union avec leurs voisins, ni droit des gens pour assurer leurs vies, leur liberté & leurs biens, & dont les misérables destinées sont l’éternel jouet de quelques préjugés & de toutes les passions,

Par-là nous trouverons encore une très-grande corruption dans ces siecles fameux de l’antiquité, où les peuples n’avoient point d’autre industrie ni d’autre institution que la guerre, ce crime & ce malheur qui les renferme tous ; leurs vertus