Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/51

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cour & leurs flatteurs, quelques millionnaires & leurs parasites, quelques fous, jeunes & oisifs, auroient-ils seuls le droit de représenter la nation ?

Les passions naturelles sont de tous les tems : par-tout où il y aura des cœurs humains, on trouvera l’amour des richesses, des honneurs & des plaisirs ; les femmes voudront plaire, & les hommes voudront séduire : les Paladins de Charlemagne les Croisés, & les Ligueurs avoient plus ou moins le fond de notre corruption : nous n’en différons que par le vernis & les nuances, & tout au plus par quelques passions d’opinion : les vices secrets sont menacés par la religion, les vices publics doivent être réprimés par le Gouvernement ; ainsi s’il y avoit quelque profession où les fortunes fussent rapides, infaillibles & énormes, où elles se fissent sans risque & sans peine, sans talent & sans utilité pour la patrie ; si des fortunes odieuses étoient ensuite réhabilitées par de grandes places & par des alliances illustres ; s’il y avoir des excès de luxe qui formassent des disparates choquans ; si le vice payé par la richesse triomphoit avec insolence ; si des hommes osoient afficher leur perversité, & des femmes leur honte, ce seroit la faute des loix.

Les Gouvernemens modernes, si vigilans contre le crime, ne savent point flétrir le vice ; ils sont encore dans l’enfance à cet égard : occupés jusqu’ici à se fortifier, ils n’ont considéré les mœurs que du côté par lequel elles intéressent la politique ; le bon ordre purement moral n’a point été l’objet de leurs soins.

Que les loix ferment le plus qu’elles pourront les mauvaises voies à la fortune, qu’elles châtient l’abus des richesses ; en