Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/608

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Antoine, l’imbécille Lépide, lisoient peu Platon & Sophocle ; & pour ce tyran sans courage, Octave Cépias, surnommé si lâchement Auguste, il ne fut un détestable assassin, que dans le tems où il fut privé de la société des gens de lettres.*

[*Ne furent les auteurs des proscriptions de Marius, de Sylla, de ce débauché d’Antoine, de cet imbécille Lépide, de ce tyran sans courage, Octave Cépias, surnommé si lâchement Auguste.]

“Avouez que Pétrarque & Bocace ne firent pas naître les troubles de l’Italie.” Avouez que le badinage de Marot n’a pas produit la St. Barthélemy, & que la tragédie du Cid ne causa pas les troubles*

[*Guerres.] de la fronde. Les grands crimes n’ont “gueres” été commis que par de célebres ignorans ; ce qui fait & sera toujours de ce monde une vallée de larmes, c’est l’insatiable cupidité & l’indomptable orgueil des hommes ; depuis Thamas-Kouli-kan qui ne savoit pas lire jusqu’à un commis de la douane qui ne sait que chiffrer. Les lettres nourissent l’ame, la rectifient, la consolent ; elles vous servent, Monsieur ;*

[*Font même votre gloire.] dans le tems que vous écrivez contr’elles ; vous êtes comme Achille qui s’emporte contre la gloire, & comme le Pere Mallebranche, dont l’imagination brillante écrivoit contre l’imagination.

“Si quelqu’un doit se plaindre des lettres, c’est moi ; puisque dans tous les tems, & dans tous les lieux, elles ont servi à me persécuter. Mais il faut les aimer, malgré l’abus qu’on en fait ; comme il faut aimer la société, dont tant d’hommes méchans corrompent les douceurs ; comme il