Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/607

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qu’on a vendu à un Libraire ce fruit de mon travail :*

[*À un Libraire “de Paris” le fruit de mes travaux.] “qu’on se saisit à l’envi de mon bien comme si j’étois déjà mort, & qu’on le dénature pour le mettre l’encan.” Je vous peindrois l’ingratitude, l’imposture & la rapine me poursuivant, “depuis quarante ans” jusqu’au pied des Alpes, & jusqu’aux bords de mon tombeau. “Mais que conclurai-je de toutes ces tribulations ? Que je ne dois pas me plaindre ; que Pope, Descartes Bayle, le Camoëns, & cent autres ont essuyé les mêmes injustices, & de plus grandes ; que cette destinée est celle de presque tous ceux que l’amour des lettres a trop séduits.”

“Avouez en effet, Monsieur, que ce sont-là de ces petits malheurs particuliers dont à peine la société s’apperçoit. Qu’importe au genre-humain que quelques frelons pillent le miel de quelques abeilles ? Les gens de lettres sont grand bruit de toutes ces petites querelles ; le reste du monde les ignore, ou en rit.”

De toutes les amertumes répandues sur la vie humaine, ce sont là les moins funestes. Les*

[*Mais, Monsieur, avouez aussi que ces] épines attachée à la littérature, & à un peu de*

[*La] réputation, ne sont que des fleurs en comparaison des autres maux qui de tout tems inondé la terre. Avouez que ni Cicéron, ni Varron, ni Lucrece, ni Virgile, ni Horace n’eurent la moindre part aux proscriptions. Marius étoit un ignorant, le barbare Sylla, le craleux