Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/65

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que la vanité & l’oisiveté qui ont engendré le luxe, ont aussi engendré nos sciences, & que ces choses se tiennent assez fiddle compagnie, parce qu’elles sont l’ouvrage des même vices ? Quoi ! tous les Philosophes moraux, tous les Législateurs, ces Spéculateurs si profonds, si appliqués & si sublime n’étoient que des hommes vains & oisifs ! leurs préceptes, leurs loix & leurs exemples n’étoient que l’ouvrage de leurs vices ? Qu’appellera-t-on du nom de vertu ? Ainsi tout gens de travail sera né de l’oisiveté, parce qu’il a fallu se réserver le tems de s’y appliquer ; & accusé de vanité, par-là même qu’il est digne de louange.

Loin de ces chimeres, je trouve au contraire que toutes les sciences sont autant de remèdes contre les vices politiques, moraux & physiques qui assiégent notre existence : on avoit besoin de pain, & on cultiva la terre ; on eut de même besoin de mœurs & de loix, on inventa la Politique & la Morale de nos besoins corporels, de nos maladies & de nos infirmités, naquit l’étude de la Physique ; il falloit démontrer, persuader la vérité & détruire les sophismes de l’erreur, on perfectionna l’art de la parole & celui du raisonnement : l’origine, des sciences n’a donc rien que de pur & d’utile ; vouloir leur en supposer une autre, c’est fermer les yeux à la vérité la lumiere.

Que l’on nous montre donc enfin quels genres de corruption naissent des sciences ; est-ce la férocité & la violence des Nations sauvages ? mais leur effet le plus nécessaire est l’adoucissement des mœurs. Est-ce cet esprit de guerre & d’ambition qui a fait des peuples illustres de l’antiquité, les fléaux de