Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/68

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plus légère attention ne suffit-elle pas, pour voir que parmi tout ce qu’on appelle sciences, il n’y en a aucune qui n’ait fait plus ou moins de découvertes, détruit plus ou moins d’erreurs, & apporté de très-grandes utilités ? vouloir le nier, n’est-ce pas attaquer l’évidence même ?

Les Philosophes, il est vrai, sont tombés dans des erreurs mais avant eux qu’y avoit-il autre chose que des erreurs dans le monde ? l’ignorance n’avoit-elle pas les sienne’s plus ridicules cent fois ? Avant que les Philosophes eussent écrit sur les astres, les cieux, les cometes, la nature des ames, & leur état après cette vie, quelles absurdités n’avoit -on pas imaginées ? des Nations entieres avoient-elles attendu le systême mal interprété d’Epicure, pour chercher, le bonheur dans la volupté des sens ? Les idées les plus monstrueuses sur la nature divine n’avoient - elles pas précédé de bien loin tous les systêmes ?

Si l’ignorance pouvoir s’abstenir de juger, elle seroit sans doute moins méprisable & moins dangereuse : malheureusement l’esprit humain ne peut être sans action ; il faut qu’il ait des opinions bonnes ou mauvaises ; il faut qu’il ait des préjugés s’il n’a pas des connoissances, & des superstitions au défaut de religion ; j’en appelle à tous les peuples barbares qui existent de nos jours.

Les erreurs grossieres de l’ignorance furent d’abord remplacées par celles de la philosophie, qui l’étoient moins ; une nuit profonde couvroit la route de la vérité, il fallut marcher dans ces ténèbres épaisses pendant tant de siecles ; le flambeau de la raison s’éteignoit à chaque pas, il fallut s’égarer longtems,