Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/75

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les enfans instruits par des gens qui en ont acquis par état les talens ou le droit, & qui s’en acquittent mieux que le reste des citoyens ne pourroit le faire, il faut convenir que le nombre de ces occupations journalieres de la vertu est infiniment diminué, & qu’on peut sans crime se réserver du loisir pour l’étude.*

[*J’ai prétendu que l’éducation des Perses, que l’on vouloit nous faire regretter, étoit fondée sur des principes barbares : on a fait sur cet article une réponse très-judicieuse, mais dans laquelle on a habilement oublié cette ridicule multiplicité de Gouverneurs, l’un pour la tempérance, l’autre pour le courage, un autre pour apprendre à ne point mentir, sur laquelle ma critique étoit principalement appuyée ; ainsi il se trouve qu’en faisant une longue réponse, on n’a pourtant pas répondu.]

C’est la mauvaise constitution des Etats anciens qui rendoit la pratique de la vertu pénible & assujettissante ; aujourd’hui la charité, l’humanité, les mœurs ont leurs ministres & leurs établissemens ; les Grands y contribuent par leur pouvoir, les riches par leurs libéralités, les pauvres par leurs soins ; ce que la vertu a de rebutant a été le partage volontaire & a fait la gloire de certaines ames choisies : le reste de ses devoirs divisé en plusieurs parties a été rempli sans peine, & par cette sage distribution un plus grand effet a été produit avec beaucoup moins de forces ; nos mœurs sont d’autant plus parfaites, que les vertus s’y placent & y agissent librement & sans effort, & que confondues dans l’ordre commun elles n’ont pas même l’espoir d’être admirées.

L’antiquité a célébré comme un prodige, les égards de Scipion pour une jeune Princesse que la victoire avoit fait tomber entre ses mains & parce qu’il ne fut pas un monstre de