Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/74

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fausses ; la premiere, que les facultés que nous avons reçues de la nature nous interdisent l’espoir de la science ; la seconde, que l’amour de la vertu est incompatible avec l’amour de l’étude ; la troisieme enfin, que les sciences ne contribuent point à rendre l’homme meilleur, & que l’objet principal des Philosophes est d’inspirer une grande opinion de leurs lumieres.

Mais s’il est vrai, au contraire, que nous ayons des facultés propres à connoître la vérité, si les sciences contribuent à fortifier les vertus & à les aimer, s’il est faux que la vanité soit leur principal objet, que devient cette éloquente description ? & ne serois-je pas fondé à mon tour à faire le portrait d’un homme vertueux en y joignant la science ? avec cette différence que dans la premiere supposition on a peint une vertu simple & innocente, obscurcie par des préjugés nuisibles & honteux,& que dans la seconde je peindrois une vertu éclairée, forte & sublime, que la science même aurore instruite : qu’on décide à présent de quel côté seroit l’avantage.

Comme il a été impossible de prouver que les sciences contribuoient à notre corruption, on les accuse du moins de nous détourner de l’exercice de la vertu. Ce reproche aurore pu avoir quelque fondement dans ces misérables sociétés où chacun travailloit son jardin & son champ ; en effet le peu de tems qui restoit après les travaux de l’agriculture n’étoit pas de trop, sans doute, pour les devoirs du sang & de l’humanité & pour l’éducation des enfans ; mais depuis qu’à la faveur de l’agrandissement des Etats, les citoyens ont pu se partager toutes les fonctions utiles à la patrie & à la société ; depuis que les malades sont soignés & guéris, les malheureux soulages & prévenus,