Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/91

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me révolta un peu plus, en révoltant tout-à-fait contre vous nos plus illustres articles. C’est que vous y paroissiez vous-même un homme tout-à-fait révolté contre une nation aimable & gracieuse qui vous a ouvert son sein, non ce me semble, pour le déchirer de si près, non hos quaesitum munus in usus. Votre parti est pris : vous ne sauriez reculer dans vos prétentions. Votre bel esprit que j’admire, est tout-à-fait cabré. Plus on vous a contredit, parce que vous contredisiez vous-même, plus vous vous êtes monté en esprit de contradiction. Paradoxes sur paradoxes, il n’y en a plus désormais qui puissent vous arrêter. Fallût-il brûler le temple d’Ephese, il ne seroit point trop riche & trop fameux pour combler la mesure de gloire qui doit, à votre avis, vous signaler. Eh ! Monsieur, eh ! mon cher Monsieur, voyez, reconnoissez le piége que vous tend votre génie même, beau si vous voulez, mais dangereux par l’événement. Parce qu’on veut sauver les sciences, & les lettres des coups que vous leur portez, vous attaquez les arts. On défend les arts, & voilà que vous portez des coups terribles au gouvernement, à la police qui régle les rangs, à la religion qui les légitime, à la société, à l’humanité même, qui en sont les premiers fondemens.

Il ne vous manque plus que d’attaquer les personnes, & de dire à chacun le mal qu’on voit bien que vous en devez penser ; car vous semez dans toute notre nation un esprit de critique, un levain d’aigreur qui est capable d’altérer notre caractere, naturellement sociable & bienfaisant envers les étrangers. A qui en avez-vous ? quelles sont vos prétentions ? en quoi vous a-t-on offensé ? pourquoi vouloir dissoudre une société