Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/92

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aussi douce que la nôtre ? Tous les étrangers nous louent spécialement par-là. Ils accusent, il est vrai, notre société d’un peu de frivole, & nous ne le nions pas ; c’est même par ce brillant que nous leur imposons le plus. Notre société est un peu enfantine, & par-là d’autant plus gracieuse & aimable.

Sérieux dans le sérieux, il y a long-tans que j’ai observé que nous étions frivoles dans le frivole. Je conviens que cela même est dans nos mœurs, & que notre caractere résulte de celui de notre gouvernement, le plus parfait, le plus ancien qui soit dans l’Europe, parce qu’il a le mélange de force & de suavité dont la plupart des autres n’ont que les extrémités. Notre gouvernement est absolu, mais je crois que vous avez tort de le traiter de despotique. Vous êtes réfuté par vous-même, ne fût-ce que par cette frivolité de mœurs, de caractere & de société, qui ne peut résulter que de la grande & très-honnête liberté, après laquelle les autres courent mais dont nous jouissons de tout tans, d’autant mieux que nous en parlons & y pensons moins.

Comme je veux vous traiter un peu en malade avec une sorte de respect, agréez que je vous parle quelquefois, souvent même comme si je parlois de vous à un autre, qui n’est point vous. Cette façon est dans notre langue la marque du plus grand respect. On ne dit point vous à ceux que l’on veut honorer, beaucoup moins lorsque ce vous peut les faire rougir de honte ou de pudeur. M. R. & d’autres se sont plaint de nous, ( on entend ce nous-là), & de ce que, par des écrits ou des discours anonymes ou secrets, nous attaquions, selon eux, leur licence ou leur religion. Ce sont des ménagemens