Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/100

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à qui je m’étois efforcé de plaire & à qui je faisois assez régulièrement ma Cour. Gauffecourt m’en expliqua les causes : D’abord, me dit-il, son amitié pour Rameau, dont elle est la prôneuse en titre & qui ne veut souffrir aucun concurrent ; & de plus un péché originel qui vous damne auprès d’elle & qu’elle ne vous pardonnera jamais, c’est d’être Genevois. Là-dessus il m’expliqua que l’abbé Hubert, qui l’étoit & sincère ami de M. de la Poplinière, avoit foit ses efforts pour l’empêcher d’épouser cette femme, qu’il connoissoit bien ; & qu’après le mariage elle lui avoit voué une haine implacable, ainsi qu’à tous les Genevois. Quoique la Poplinière, ajouta-t-il, ait de l’amitié pour vous & que je le sache, ne comptez pas sur son appui. Il est amoureux de sa femme : elle vous hait ; elle est méchante, elle est adroite ; vous ne ferez jamais rien dans cette maison. Je me le tins pour dit.

Ce même Gauffecourt me rendit à peu près dans le même tems un service dont j’avois grand besoin. Je venois de perdre mon vertueux père, âgé d’environ soixante ans. Je sentis moins cette perte que je n’aurois foit en d’autres temps, où les embarras de ma situation m’auroient moins occupé. Je n’avois point voulu réclamer de son vivant ce qui restoit du bien de ma mère & dont il tiroit le petit revenu : je n’eus plus là-dessus de scrupule après sa mort. Mais le défaut de preuve juridique de la mort de mon frère faisoit une difficulté que Gauffecourt se chargea de lever & qu’il leva en effet par les bons offices de l’avocat de Lolme. Comme j’avois le plus grand besoin de cette petite ressource & que