Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/104

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J’exigeois préalablement que M. de F

[rancuei] l emploieroit son crédit, avec celui de Jelyotte, pour faire répéter mon ouvrage à l’Opéra. Il y consentit. Les Muses galantes furent répétées d’abord plusieurs fois au magasin, puis au grand théâtre. Il y avoit beaucoup de monde à la grande répétition & plusieurs morceaux furent très applaudis. Cependant je sentis moi-même durant l’exécution, fort mal conduite par Rebel, que la pièce ne passeroit pas & même qu’elle n’étoit pas en état de paroître sans de grandes corrections. Ainsi je la retirai sans mot dire & sans m’exposer au refus ; mais je vis clairement par plusieurs indices que l’ouvrage, eût-il été parfait, n’auroit pas passé. M. de F

[rancuei] l m’avoit bien promis de le faire répéter, mais non pas de le faire recevoir. Il me tint exactement parole. J’ai toujours cru voir, dans cette occasion & dans beaucoup d’autres, que ni lui ni Mde. D[...]n ne se soucioient de me laisser acquérir une certaine réputation dans le monde, de peur peut-être qu’on en supposât, en voyant leurs livres, qu’ils avoient greffé leurs talens sur les miens. Cependant, comme Mde. D[...]n m’en a toujours supposé de très médiocres & qu’elle ne m’a jamais employé qu’à écrire sous sa dictée, ou à des recherches de pure érudition ; ce reproche, sur-tout à son égard, eût été bien injuste.

Ce dernier mauvais succès acheva de me décourager. J’abandonnai tout projet d’avancement & de gloire ; & sans plus songer à des talens vrais ou vains qui me prospéroient si peu, je consacrai mon tems & mes soins à me procurer ma subsistance & celle de ma Thérèse, comme il plairoit