Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/138

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que de très commun, plus assortissant au reste de mon équipage.

Ayant ainsi complété ma réforme, je ne songeai plus qu’à la rendre solide & durable, en travaillant à déraciner de mon cœur tout ce qui tenoit encore au jugement des hommes, tout ce qui pouvoit me détourner, par la crainte du blâme, de ce qui étoit bon & raisonnable en soi. À l’aide du bruit que faisoit mon ouvrage, ma résolution fit du bruit aussi & m’attira des pratiques ; de sorte que je commençai mon métier avec assez de succès. Plusieurs causes cependant m’empêchèrent d’y réussir comme j’aurois pu faire en d’autres circonstances. D’abord ma mauvaise santé. L’attaque que je venois d’essuyer eut des suites qui ne m’ont laissé jamais aussi bien portant qu’auparavant ; & je crois que les médecins auxquels je me livrai me firent bien autant de mal que la maladie. Je vis successivement Morand, Daran, Helvétius, Malouin, Thierry, qui, tous très savants, tous mes amis, me traitèrent chacun à sa mode, ne me soulagèrent point & m’affaiblirent considérablement. Plus je m’asservissois à leur direction, plus je devenois jaune, maigre, foible. Mon imagination, qu’ils effarouchoient, mesurant mon état sur l’effet de leurs drogues, ne me montroit avant la mort qu’une suite de souffrances, les rétentions, la gravelle, la pierre. Tout ce qui soulage les autres, les tisanes, les bains, la saignée, empiroit mes maux. M’étant apperçu que les sondes de Daran, qui seules me faisoient quelque effet & sans lesquelles je ne croyois plus pouvoir vivre, ne me donnoient cependant qu’un soulagement