Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/152

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qui m’auroit assez plu si son tête-à-tête avec sa conchyliomanie ne m’avoit plu davantage ; & je puis dire que pendant plus de six mais j’ai travaillé à son cabinet avec autant de plaisir que lui-même.

Il y avoit long-tems qu’il prétendoit que pour mon état les eaux de Passy me seroient salutaires, & qu’il m’exhortoit à les venir prendre chez lui. Pour me tirer, un peu de l’urbaine cohue, je me rendis à la fin & je fus passer à Passy huit ou dix jours, qui me firent plus de bien parce que j’étois à la campagne, que parce que j’y prenois les eaux. Mussard jouoit du violoncelle & aimoit passionnément la musique italienne. Un soir nous en parlâmes beaucoup avant de nous coucher & sur-tout des opere buffe que nous avions vus l’un & l’autre en Italie & dont nous étions tous deux transportés. La nuit, ne dormant pas, j’allai rêver comment on pourroit faire pour donner en France l’idée d’un drame de ce genre ; car les Amours de Ragonde n’y ressembloient point du tout. Le matin, en me promenant & prenant des eaux, je fis quelques manières de vers très à la hâte & j’y adaptai des chans qui me revinrent en les faisant. Je barbouillai le tout dans une espèce de salon voûté qui étoit au haut du jardin ; & au thé, je ne pus m’empêcher de montrer ces airs à Mussard & à Mlle. Duvernois sa gouvernante, qui étoit en vérité une très bonne & aimable fille. Les trois morceaux que j’avois esquissés étoient le premier monologue : J’ai perdu mon serviteur ; l’air du Devin, L’amour croît s’il s’inquiète ; & le dernier duo : À jamais, Colin, je t’engage, etc. J’imaginois si peu que cela valût la peine d’être suivi,