Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/205

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ne pouvoit supporter. Elle avoit cependant de quoi la remplir bien plus aisément depuis qu’elle avoit voulu tâter de la littérature & qu’elle s’étoit fourré dans la tête de faire bon gré mal gré des romans, des lettres, des comédies, des contes & d’autres fadaises comme cela. Mais ce qui l’amusoit n’étoit pas tant de les écrire que de les lire ; & s’il lui arrivoit de barbouiller de suite deux ou trois pages, il falloit qu’elle fût sûre au moins de deux ou trois auditeurs bénévoles, au bout de cet immense travail. Je n’avois guère l’honneur d’être au nombre des élus, qu’à la faveur de quelque autre. Seul, j’étois presque toujours compté pour rien en toute chose ; & cela non seulement dans la société de Mde. D’

[Epina] y, mais dans celle de M. d’H[...]k & partout où M. G[...]donnoit le ton. Cette nullité m’accommodoit fort partout ailleurs que dans le tête-à-tête, où je ne savois quelle contenance tenir, n’osant parler de littérature, dont il ne m’appartenoit pas de juger, ni de galanterie, étant trop timide & craignant plus que la mort le ridicule d’un vieux galant ; outre que cette idée ne me vint jamais près de Mde. D’

[Epina] y & ne m’y seroit peut-être pas venue une seule fois en ma vie, quand je l’aurois passée entière auprès d’elle : non que j’eusse pour sa personne aucune répugnance ; au contraire, je l’aimois peut-être trop comme ami, pour pouvoir l’aimer comme amant. Je sentois du plaisir à la voir, à causer avec elle. Sa conversation, quoique assez agréable en cercle, étoit aride en particulier ; la mienne qui n’étoit pas plus fleurie, n’étoit pas pour elle d’un grand secours. Honteux d’un trop long silence, je m’évertuois