Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/211

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


elle ne fut pas tout à fait subjuguée, c’en fut assez du moins pour empêcher en grande partie l’effet des bonnes maximes que je m’efforçois de lui inspirer ; c’en fut assez pour que, de quelque façon que je m’y sais pu prendre, nous ayons toujours continué d’être deux.

Voilà comment, dans un attachement sincère & réciproque, où j’avois mis toute la tendresse de mon cœur, le vide de ce cœur ne fut pourtant jamais bien rempli. Les enfans, par lesquels il l’eût été, vinrent ; ce fut encore pis. Je frémis de les livrer à cette famille mal élevée, pour en être élevés encore plus mal. Les risques de l’éducation des Enfans-trouvés étoient beaucoup moindres. Cette raison du parti que je pris, plus forte que toutes celles que j’énonçai dans ma lettre à Mde. de F

[rancuei] l fut pourtant la seule que je n’osai lui dire. J’aimois mieux être moins disculpé d’un blâme aussi grave, & ménager la famille d’une personne que j’aimois. Mais on peut juger par les mœurs de son malheureux frère, si jamais, quoi qu’on en pût dire, je devois exposer mes enfans à recevoir une éducation semblable à la sienne.

Ne pouvant goûter dans sa plénitude cette intime société dont je sentois le besoin, j’y cherchois des supplémens qui n’en remplissoient pas le vide, mais qui me le laissoient moins sentir. Faute d’un ami qui fût à moi tout entier, il me falloit des amis dont l’impulsion surmontât mon inertie : c’est ainsi que je cultivai, que je resserrai mes liaisons avec Diderot, avec l’abbé de Condillac, que j’en fis avec G[...]une nouvelle plus étroite encore, & qu’enfin je me trouvai par ce malheureux discours, dont j’ai raconté l’histoire,