Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/235

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très-aimable, mais je crus lui voir aussi pour moi de la bienveillance. Elle aimoit assez à se promener avec moi ; nous étions marcheurs l’un & l’autre, & l’entretien ne tarissoit pas entre nous. Cependant, je n’allai jamais la voir à Paris, quoiqu’elle m’en eût prié & même sollicité plusieurs fois. Ses liaisons avec M. de St. L[...]t, avec qui je commençois d’en avoir, me la rendirent encore plus intéressante, & c’étoit pour m’apporter des nouvelles de cet ami, qui, pour lors étoit, je crois, à Mahon, qu’elle vint me voir à l’Hermitage.

Cette visite eut un peu l’air d’un début de roman. Elle s’égara dans la route. Son cocher, quittant le chemin qui tournoit, voulut traverser en droiture du moulin de Clairvaux à l’Hermitage : son carrosse s’embourba dans le fond du vallon ; elle voulut descendre & faire le reste du trajet à pied. Sa mignonne chaussure fut bientôt percée ; elle enfonçoit dans la crotte, ses gens eurent toutes les peines du monde à la dégager, & enfin elle arriva à l’Hermitage en bottes, & perçant l’air d’éclats de rire auxquels je mêlai les miens en la voyant arriver : il fallut changer de tout ; Thérèse y pourvut, & je l’engageai d’oublier sa dignité pour faire une collation rustique, dont elle se trouva fort bien. Il étoit tard, elle resta peu ; mais l’entrevue fut si gaie qu’elle y prit goût & parut disposée à revenir. Elle n’exécuta pourtant ce projet que l’année suivante ; mais, hélas ! ce retard ne me garantit de rien.

Je passai l’automne à une occupation dont on ne se douteroit pas, à la garde du fruit de M. D’

[Epina] y. L’Hermitage