Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/257

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J’étois si préoccupé de ma passion, que ne voyant rien que Sophie (c’étoit un des noms de Mde. d’H[...]), je ne remarquois pas même que j’étois devenu la fable de toute la maison & des survenant. Le baron d’H[...]k qui n’étoit jamais venu que je sache à la C[...]e, fut au nombre de ces derniers. Si j’eusse été aussi défiant que je le suis devenu dans la suite, j’aurois fort soupçonné Mde. D’

[Epina] y d’avoir arrangé ce voyage, pour lui donner l’amusant cadeau de voir le Citoyen amoureux. Mais j’étois alors si bête que je ne voyois pas même ce qui crevoit les yeux à tout le monde. Toute ma stupidité ne m’empêcha pourtant pas de trouver au baron l’air plus content, plus jovial qu’à son ordinaire. Au lieu de me regarder en noir selon sa coutume, il me lâchoit cent propos goguenards, auxquels je ne comprenois rien. J’ouvrois de grands yeux sans rien répondre : Mde. D’

[Epina] y se tenoit les côtés de rire ; je ne savois sur quelle herbe ils avoient marché. Comme rien ne passoit encore les bornes de la plaisanterie, tout ce que j’aurois eu de mieux à faire, si je m’en étois apperçu, eût été de m’y prêter. Mais il est vrai qu’à travers la railleuse gaieté du baron, l’on voyoit briller dans ses yeux une maligne joie, qui m’auroit peut-être inquiété, si je l’eusse aussi bien remarquée alors, que je me la rappelai dans la suite.

Un jour que j’allai voir Mde. d’H[...]à Eaubonne au retour d’un de ses voyages à Paris, je la trouvai triste, & je vis qu’elle avoit pleuré. Je fus obligé de me contraindre parce que Mde. de B

[lainvill] e, sœur de son mari, étoit là ;