Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/316

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de l’amitié, détaché de tout ce qui m’avoit fait aimer la vie, je n’y voyois plus rien qui pût me la rendre agréable : je n’y voyois plus que des maux & des misères qui m’empêchoient de jouir de moi. J’aspirois au moment d’être libre & d’échapper à mes ennemis. Mais reprenons le fil des événements.

Il paroît que ma retraite à Montmorenci déconcerta Mde.. D’

[Epina] y : vraisemblablement elle ne s’y étoit pas attendue. Mon triste état, la rigueur de la saison, l’abandon général où je me trouvais, tout leur faisoit croire, à G[...]& à elle, qu’en me poussant à la dernière extrémité ils me réduiroient à crier merci, & à m’avilir aux dernières bassesses pour être laissé dans l’asyle dont l’honneur m’ordonnoit de sortir. Je délogeai si brusquement, qu’ils n’eurent pas le tems de prévenir le coup ; & il ne leur resta plus que le choix de jouer à quitte ou double, & d’achever de me perdre, ou de tâcher de me ramener. G[...]prit le premier parti : mais je crois que Mde. D’

[Epina] y eût préféré l’autre ; & j’en juge par sa réponse à ma dernière lettre, où elle radoucit beaucoup le ton qu’elle avoit pris dans les précédentes, & où elle sembloit ouvrir la porte à un raccommodement. Le long retard de cette réponse, qu’elle me fit attendre un mais entier, indique assez l’embarras où elle se trouvoit pour lui donner un tour convenable, & les délibérations dont elle la fit précéder. Elle ne pouvoit s’avancer plus loin sans se commettre : mais après ses lettres précédentes, & après ma brusque sortie de sa maison, l’on ne peut qu’être frappé du soin qu’elle prend, dans cette lettre,