Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/315

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.





LES

CONFESSIONS

DE

J. J. ROUSSEAU.



LIVRE DIXIÈME.


La force extraordinaire qu’une effervescence passagère m’avoit donnée pour quitter l’Hermitage, m’abandonna sitôt que j’en fus dehors. À peine fus-je établi dans ma nouvelle demeure, que de vives & fréquentes attaques de mes rétentions se compliquèrent avec l’incommodité nouvelle d’une hernie qui me tourmentoit depuis quelque temps, sans que je susse que c’en étoit une. Je tombai bientôt dans les plus cruels accidens. Le médecin Thyerri, mon ancien ami, vint me voir & m’éclaira sur mon état. Ttout l’appareil des infirmités de l’âge rassemblé autour de moi, me fit durement sentir qu’on n’a plus le cœur jeune impunément, quand le corps a cessé de l’être. La belle saison ne me rendit point mes forces, & je passai toute l’année 1758 dans un état de langueur, qui me fit croire que je touchois à la fin de ma carrière. J’en voyois approcher le terme avec une sorte d’empressement. Revenu des chimères