Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/335

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fis remettre par M. Sellon, résident de Genève, avec une lettre dont il voulut bien se charger, à M. le Comte de St. Florentin, qui avoit remplacé M. d’Argenson dans le département de l’Opéra. M. de St. Florentin promit une réponse, & n’en fit aucune. Duclos, à qui j’écrivis ce que j’avois fait, en parla aux petits violons, qui offrirent de me rendre, non mon opéra, mais mes entrées dont je ne pouvois plus profiter. Voyant que je n’avois d’aucun côté aucune justice à espérer, j’abandonnai cette affaire ; & la direction de l’Opéra, sans répondre à mes raisons ni les écouter, a continué de disposer, comme de son propre bien, & de faire son profit du Devin du village, qui très incontestablement n’appartient qu’à moi seul.*

[* Il lui appartient depuis lors, par un accord qu’elle a fait avec moi tout nouvellement.]

Depuis que j’avois secoué le joug de mes tyrans, je menois une vie assez égale & paisible : privé du charme des attachemens trop vifs, j’étois libre aussi du poids de leurs chaînes. Dégoûté des amis protecteurs, qui vouloient absolument disposer de ma destinée & m’asservir à leurs prétendus bienfaits malgré moi, j’étois résolu de m’en tenir désormois aux liaisons de simple bienveillance, qui, sans gêner la liberté, font l’agrément de la vie, & dont une mise d’égalité fait le fondement. J’en avois de cette espèce autant qu’il m’en falloit pour goûter les douceurs de la société, sans en souffrir la dépendance ; & sitôt que j’eus essayé de ce genre de vie, je sentis que c’étoit celui qui convenoit à mon âge, pour finir mes jours dans le calme, loin de l’orage,