Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/334

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fait connoissance avec Marmontel chez M. de la Poplinière, & cette connoissance s’étoit entretenue chez le baron. Marmontel faisoit alors le Mercure de France. Comme j’avois la fierté de ne point envoyer mes ouvrages aux auteurs périodiques, & que je voulois cependant lui envoyer celui-ci, sans qu’il crût que c’étoit à ce titre, ni pour qu’il en parlât dans le Mercure, j’écrivis sur son exemplaire que ce n’étoit point pour l’auteur du Mercure, mais pour M. Marmontel. Je crus lui faire un très beau compliment ; il crut y voir une cruelle offense, & devint mon plus irréconciliable ennemi. Il écrivit contre cette même lettre avec politesse, mais avec un fiel qui se sent aisément, & depuis lors il n’a manqué aucune occasion de me nuire dans la société, & de me maltraiter indirectement dans ses ouvrages : tant le très irritable amour-propre des gens de lettres est difficile à ménager, & tant on doit avoir soin de ne rien laisser, dans les complimens qu’on leur fait, qui puisse même avoir la moindre apparence d’équivoque.

Devenu tranquille de tous les côtés, je profitai du loisir & de l’indépendance où je me trouvois pour reprendre mes travaux avec plus de suite. J’achevai cet hiver la Julie, & je l’envoyai à Rey, qui la fit imprimer l’année suivante. Ce travail fut cependant encore interrompu par une petite diversion, & même assez désagréable. J’appris qu’on préparoit à l’Opéra une nouvelle remise du Devin du village. Outré de voir ces gens-là disposer arrogamment de mon bien, je repris le mémoire que j’avois envoyé à M. d’Argenson, & qui étoit demeuré sans réponse ; & l’ayant retouché, je le